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Une souris verte…

La COP 21 n’aura finalement pas accouché de la souris (verte) que les sceptiques lui promettaient. La prise de conscience politique semble bien réelle et les ambitions dépasser les attentes : l’augmentation de la température doit être limitée bien en-dessous de deux degrés, voire à moins de 1,5 degré, d’ici à la fin du siècle par rapport aux niveaux préindustriels.

Les moyens à mettre en œuvre pour atteindre cet objectif, eux, sont beaucoup moins clairs : s’il est établi que les pays développés devront aider les pays en voie de développement à atténuer leur impact et accélérer leur transition énergétique, le fameux montant de 100 milliards de dollars par an figure finalement dans la partie « non contraignante » de l’accord. Et si la fixation d’un prix pour le CO2, vœu pieux de la plupart des participants, fait finalement une apparition quasi-inespérée dans l’accord, elle aussi se trouve dans la partie « non contraignante ».

Les entreprises n’ont pas attendu pour se mettre en mouvement, certaines ayant même anticipé la COP 21 pour afficher leur volontarisme. A travers un « manifeste pour le climat », 39 groupes français se sont ainsi engagés à réduire leur empreinte carbone d’ici à 2020 grâce à des mesures concrètes, en particulier l’investissement de 45 milliards d’euros pour des projets industriels et de R&D liés à l’atteinte de cet objectif.

Sur les sujets climatiques, la France garde une longueur d’avance. La loi relative à la transition énergétique pour la croissance verte n’a pas oublié le monde de la finance : elle impose de nouvelles obligations de transparence aux investisseurs institutionnels sur « les modalités de prise en compte dans leur politique d’investissement de critères relatifs au respect d’objectifs sociaux, environnementaux et de qualité de la gouvernance et sur les moyens mis en œuvre pour contribuer à la transition énergétique et écologique ». A l’heure où nous écrivons ces lignes, la parution du décret d’application est imminente. La consultation publique autour de ce décret a fait naître des craintes que la souris (verte) étatique n’accouche d’une montagne.

Les critères sociaux, environnementaux et de gouvernance (ESG) sont hautement importants à nos yeux et leur mise en lumière est une excellente nouvelle… mais le risque est, une nouvelle fois, de verser dans la surenchère d’information à produire, une dérive dans laquelle certains émetteurs sont en train de glisser en matière ESG, au risque de noyer ce qui compte vraiment. Il ne sera pas aisé de quantifier et publier la manière dont « l’exposition aux risques climatiques » est prise en compte ni la contribution des entreprises en portefeuille « au respect de l’objectif international de limitation du réchauffement climatique ».

La publication des empreintes carbone des portefeuilles sera sans doute l’un des moyens de répondre à ces obligations pour les gérants d’actifs mais les questions de l’homogénéité des méthodes de calcul, du périmètre à intégrer et donc de la comparabilité des résultats se posent déjà. La mesure étant souvent l’étape précédant la réduction, cela aura au moins le mérite d’aider à la prise de conscience collective.

A La Financière de l’Echiquier, nous sommes assez peu exposés aux secteurs/entreprises à forte intensité carbone. Moins de 1% de nos actifs totaux sont exposés aux groupes miniers extrayant du charbon. L’exposition aux entreprises produisant des combustibles fossiles ou de l’électricité à partir de ces sources (pétrolières et utilities principalement) est de l’ordre de 3%, soit 4 fois moins que l’exposition du MSCI Europe. Enfin, si nous incluons dans la mesure du risque carbone les entreprises des secteurs très émetteurs (acier, chimie, ciment), les actifs de La Financière de l’Echiquier sont environ deux fois et demie moins exposés que le MSCI Europe.

A l’heure des bonnes résolutions, nous nous engageons pour 2016 à continuer de bien identifier les entreprises capables d’anticiper les risques climatiques et environnementaux et d’agir en conséquence. Ceux-ci auront inévitablement des conséquences financières à plus ou moins brève échéance.