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Afrique, Lindt trace les fèves pour traquer le travail des enfants

Le commentaire d’Agressor de la Lettre mensuelle du mois dernier évoquait notre enthousiasme pour le continent africain du fait d’un fort potentiel de développement économique.

Ce développement n’est néanmoins pas dénué de risques sur le plan extra-financier : les enjeux sociaux et environnementaux y sont particulièrement cruciaux et pas toujours faciles à évaluer. Les thèmes de lutte contre la corruption, la sur-exploitation des ressources naturelles ou le travail des enfants sont des sujets traités de façon souvent superficielle ou marketing dans les rapports annuels. Les rapports d’ONG et les entretiens en direct avec les sociétés sont les outils complémentaires et indispensables pour se forger une conviction sur les sociétés qui opèrent sur ces zones plus à risque.

Ainsi le chocolatier LINDT, avec lequel nous avons réalisé un deuxième entretien ISR, nous est apparu très cohérent par rapport à la politique qu’il nous avait présentée il y a deux ans. Pour le groupe, le risque majeur de réputation auquel il est exposé est lié au travail des enfants. Pour lutter efficacement contre ce fléau, le groupe apporte une réponse très pragmatique qui passe par une parfaite traçabilité des fèves de cacao achetées. Ainsi le groupe fait un travail très important sur ce sujet au Ghana (50% du sourcing de fèves de cacao). En recensant la taille, le nombre de travailleurs et la production de chacune des 24000 fermes avec lesquelles la société travaille, LINDT peut mieux identifier les incohérences de volume de production par exploitation et détecter ainsi le travail clandestin ou celui des enfants. Ce chantier  gigantesque qui s’appuie sur une technologie GPS, devrait être terminé en 2013.

En revanche, et parce qu’il ne peut mettre en place une telle traçabilité par manque de coopération des instances publiques, le groupe refuse depuis plusieurs années de sourcer les fèves de cacao en Côte d’Ivoire, premier pays producteur au monde mais où le risque de travail des enfants est  plus élevé qu’au Ghana. Par cette politique, LINDT accepte un surcoût non négligeable par tonne de cacao : le directeur financier estime ce surcoût à 200£ par rapport à un prix moyen de la tonne  qui fluctue entre 1350£ et 1450£ en Afrique de l’Ouest, un surcoût néanmoins jugé indispensable pour défendre la valeur de la marque.